Amitié

(...)puisque tes yeux sont les portes magiques
qui t'ouvrent mon royaume et que tes mains sont les 2 routes aux dix embranchements
qui te mènent au coeur de ton empire. (.)Tu m'as fait croire que la mer
ressemblait à la vaste nappe d'eau étalée sur tes toiles, si bleue qu'une pierre
en y tombant ne peut que se changer en saphir,
que les femmes s'ouvraient et se refermaient comme des fleurs,
pareilles aux créatures qui s'avancent, poussées par le vent,
dans les allées de tes jardins ..
(.)je suis monté sur la terrasse du palais pour regarder les nuages mais ils étaient moins beaux que ceux de tes crépuscules…J'ai parcouru les provinces de l'empire sans trouver tes jardins pleins de femmes semblables à des lucioles, des femmes dont le corps est lui-même un jardin.»
« Les Nouvelles Orientales » Marguerite Yourcenar

Happy birthday to you

Ma chère et lointaine amie Yannick,
Il est difficile d’occulter encore moins de faire l’impasse sur les souvenirs gravés dans notre mémoire surtout quand il s’agir de personnes comme toi.
Il est encore plus hard de t’oublier alors qu’ici tout me rappelle ta présence, les lieux que tu as cotoyés, les heures somptueuses passées ensemble avec les tiens ou d’autres amis.
Ton silence est pesant. Il m’intrigue aussi et m’enserre le cœur, un cœur déjà meurtri par l’usure du temps et la force des choses. J’ai l’impression que tu m’as mis au purgatoire, tel un proscrit, un renégat sans d’état de grâce & pas entièrement purifié par la pénitence, pour achever ma purification avant la vision béatifique. Et, comme l’écrivait le prolixe Balzac : «pour moi, le délicieux purgatoire que les femmes aiment à nous faire ici-bas avec leur coquetterie est un bonheur atroce auquel je me refuse. » Cette sorte de boutade m’est d’une moindre consolation. Ces derniers temps, face à ton silence, j’ai l’impression d’avoir été mis au purgatoire avec la privation du désir jamais assouvi et de plus en plus véhément de la Beauté Infinie… comme une expiation éclatante et légitime payée au suprême vengeur pour les fautes & excès du passé. Devrais-je continuer à subir ce long silence comme une punition affligeante ?
Devrais-je subir cette sorte d’expiation apparentée au châtiment en guise de réparation de d’une faute et souffrir de peine jugée compensatoire. Je t’ai écrit plusieurs fois depuis que tu es partie et j’ai l’impression d’être banni à jamais malgré tous les bons sentiments que tu semblais éprouver à mon endroit.
En ce moment et même sans avoir de certitude de ce purgatoire, j’ai le sentiment d’être tel un gentleman cambrioleur ou indélicat & coquin qui aurait tenté indiscrètement une incursion en un territoire étranger. Oui, j’ai le sentiment d’être tel un maraudeur dans une propriété privée, bien que je ne nourris aucune intention de faire ni razzia, ni conquête (fut-il par un déploiement de qualités d'ordre social, moral, intellectuel ou affectif.). Toutefois si tel était ta vindicte, je suis prêt à demander ta mansuétude pour m’accorder le pardon.
Ton silence soulève en moi bien des questionnements, à savoir si derrière tu n’aurais pas gardé une quelconque animosité ou de l’indifférence, ce sentiment synonyme à la fois d‘impassibilité, de scepticisme et d’indolence. Peut-être même une forme d’apathie ou de mépris. Vraiment je ne peux me résoudre à l’envisager connaissant ta sensibilité, ton refus du mépris et surtout la qualité des sentiments que tu sais extérioriser. Ces sentiments ont animé ton univers et font aussi ta beauté intérieure.
De même pour moi, ignorer ton existence serait illogique fallacieux et bien douloureux. Tu as toujours illuminé mon imaginaire et enflammé jusqu’à mon inspiration sans que jamais je n’ai pu te le faire ressentir car je m’en interdisais d’en faire l’aveu. Durant tout ce temps passé, j’ai toujours gardé pour toi une place privilégiée au fond de mon cœur. Et ça c’est un élément majeur.
Je présume que tu es restée sur ton impression d’un moment, effarouchée et résolument décidée à rester ce mutisme qui ne te ressemble pas… toi Yannick avec ta culture, ta délicatesse et ta finesse d’esprit, toi Yannick avec ton savoir vivre, ton éducation et le souvenir que j’ai gardé de nos veillées chez toi qui sont le miroir réfléchissant de ton cœur et témoignent de tes capacités intellectuelles et morales. Venant de toi, que je sais combien tu es communicative avec ce tempérament spontané porté sur l’échange et d’où émane un enthousiasme, une passion une ferveur exaltante. Oui je me souviens combien tu sais être expansive et parfois volubile, exubérante à souhait qui fait que je me laisse aller au plaisir de t’entendre en silence et laisser ta voix résonner… ta voix résonner en moi et produire une vibration transcendante égale au plaisir que tu provoques … déclenchant des échos harmonieux et vivaces qui atteignent le diapason.
J’ai été faible en me rendant coupable d’un tort commis sans présomption d’aucune compromission, coupable d’un moment d’égarement (qui n’en a pas eu ??) suite à un moment de grande émotion dégagée par ta présence de cette nuit-là où j’aurais dû te serrer dans mes bras et sceller nos liens qui étaient à leurs prémices.
Ta maturité et tout ce que ce vocable suppose, t’ont donné une dimension élevée en esprit et en vérité faisant de toi un être doué de qualités de cœur particulières, cultivée, au goût excellent, en finesse et en sensibilité. Tu as tellement nourri mon imaginaire que je devine cette qualité première qui te permet de donner sens et valeur aux choses de l’humain dans l’esprit du temps et de l'époque. Avec cette faculté d’être naturellement enclin à apprécier, juger les intentions ou les actes d'autrui avec bienveillance.
A contrario, est-il donc judicieux de me mettre au banc des accusés ou au rang des bannis, sans indulgence ? Quoi qu’il en soit si c’est ta volonté, je m’y soumettrais si cela pouvait panser les blessures d’une erreur, soulager ou guérir… Je m’y soumettrais si je ne savais pas combien ton cœur est généreux et bon et surtout pas rancunier car la rancune ne mène à rien autant que c’est un sentiment futile et parfois fugace. Ce soir encore la nuit va être emplie de ce sentiment doux de l’espérance de te retrouver ou qu’au moins tu me répondes.
J’ose croire en toi encore et recevoir un message qui chasse mes doutes et préserve le meilleur qui est en nous Bon anniversaire.
Ton ami
Brahim

Marthe (...) s'arrêtait, en voyant la fusée d'or de quelque étoile filante. Elle souriait, la tête un peu renversée, regardant le ciel. − Encore une âme du purgatoire qui entre au paradis, murmurait-elle (ZOLA, Conquête de Plassans)



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